Marathon Photo – Opus 29 « Poussière »

© Trent Parke « Championnat mondial de rallye » 2003

Pour ce 29e Opus du Marathon, c’est le mot « Poussière » qui m’a été soufflé !

Pour l’illustrer, j’ai choisi une image de Trent Parke – photographe australien né en 1971 et membre de l’Agence Magnum.

Voici une photo de sport, un genre qui n’a pas encore été abordé dans ce marathon. Ce n’est pas une photo de sport comme on l’attend.

En ces temps de compétition mondiale, toute la planète s’affronte, les nations rivalisent. Les sportifs de haut niveau et de toutes disciplines accomplissent des exploits, ceux qui gagnent engrangent des médailles, les autres, ceux qui perdent, sont déçus ou désespérés, c’est selon mais la plupart d’entre eux sont contents car ils ont le sentiments de participer à une aventure exceptionnelle.

Les photographes évidemment sont là pour immortaliser les sauts, les jets, les coups, les plongeons, les courses… Ils mitraillent avec leurs zooms superpuissants et instantanément vérifient via l’écran LCD de leurs appareils s’ils ont LA bonne image, celle qui fera la une de leur quotidien ! C’est un métier !

Avec la photographie de Trent Parke prise dans le désert australien on est dans autre chose. L’artiste ne se définissant pas comme un photographe sportif n’avait pas cette contrainte qui consiste à rendre compte au plus vite de l’événement. Il a donc posé un regard décalé. Et c’est peut-être ce qui fait qu’aujourd’hui, 13 ans après, on en parle encore.

Ici, aucun athlète ne brandit un trophée. On ne reconnaît même pas la marque du bolide qui chemine à toute vitesse tellement sa place dans l’image est réduite, on ne sait pas non plus de quelle compétition il est question.

Il s’agit plutôt d’une image qui caractérise une activité sportive (le sport automobile en rallye) dans ce qu’elle a d’universel et donc, bien que ce soit une image prise lors d’un championnat mondial, aucune personne, aucune nation n’est mise à l’honneur. L’auteur de l’image ne s’est pas intéressé à l’exploit individuel, il s’en est éloigné et en choisissant un point de vue aérien, il a capté la trace du passage du véhicule sous forme d’un nuage de poussière, son impact dans le paysage.

Le rédacteur en chef d’un journal ne choisirait sans doute pas cette image là pour illustrer le compte rendu de l’événement.

Voici un cadrage en plongée verticale. Depuis l’avion, perspective parfaite pour contempler une large portion de l’espace infini du désert australien, le photographe nous propose quelque chose de plus.

Un visage endormi ? Une paupière qui se ferme ? Une vague qui déferle sur une plage ? Toutes les hypothèses sont admises, chacun peut y voir ce qu’il veut. Chaque interprétation porte en elle une trace de vérité et c’est de ça qu’elle tire sa force.

D’abord, on est surpris pas sa simplicité aux limites de l’abstraction et ce n’est qu’ensuite, une fois qu’on s’est penché sur ses détails, qu’on découvre de quoi il s’agit. La surprise est au rendez-vous ! C’était un stratagème !

Trent Parke raconte qu’enfant il a découvert le pouvoir magique de l’appareil photographique quand par hasard en se retournant il a vu la trace de ses pas laissés dans la boue. Telle fût sa première photo.

Dès lors, il n’a eu de cesse de tenter de retrouver la joie intense ressentie alors et à bien y regarder toutes ses images conservent un peu cette féérie de l’enfance, cet étonnement devant le mystère de son propre parcours sur la terre. Il suffit pour s’en convaincre de regarder ses photographies; les corps dans l’eau, sa femme enceinte, sa fille, l’homme-fantôme au milieu du trottoir, le chat bondissant, l’enfant masqué à l’arrière de la voiture, le toboggan …

Un monde qu’il a tenté de comprendre en l’illustrant avec le noir et blanc et la pellicule argentique s’il vous plaît ! Du vrai grain, de la matière et du contraste ! Un monde peuplé de silhouettes noires qui émergent, jaillissent, déboulent ou qui contraste avec un autre, diaphane, tout inondé de lumière et qui côtoie l’eau, le feu, la terre. Un monde éclairé de toutes parts, parfois brutalement au point de disparaître et d’autres fois, fait d’ombres, comme pour suggérer qu’il y a un sens, quelque chose d’indicible, une profondeur qui échappe aux sens…

« J’utilise la photographie pour tenter de comprendre pourquoi je suis ici. La caméra m’aide à voir ».

Une citation en forme de questionnement.

Qu’allez-vous proposer pour illustrer ce mot ? Votre « caméra » va-t-elle vous aider à voir ?

Trent Parke est né en 1971 à Newcastle en Australie. A 12 ans il commence à photographier le monde qui l’entoure avec le Pentax Spotmatic de sa mère et utilise la buanderie de la maison comme chambre obscure. Il est considéré aujourd’hui comme l’un des auteurs les plus originaux de sa génération. En 1999 il publie « Dream Life », l’histoire d’une promenade onirique dans les rues de Sydney et en 2000 « The Seventh Wave ».

II rejoint la prestigieuse agence magnum en 2002 et reçoit l’année suivante le prix W. Eugène Smith. En 2005, ses photographies sont rassemblées dans une ouvrage de référence intitulé « Minutes to Midnight ».

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