Marathon Photo – Opus 23 « Grâce »

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© Peter Lindbergh – Linda Evengelista New-York (1992)

La semaine dernière, avec Bathazar Burkhard nous étions dans la nature. Cette semaine, c’est en ville que vous emmène le marathon.

C’est le mot « Grâce » qui est proposé et pour l’illustrer j’ai choisi une photographie en noir et blanc de Peter Lindbergh réalisée à New York en 1992.

Le mot « Grâce » vient du latin gratia, de gratus qui signifie agréable. Dans la religion il caractérise le don, le secours divin.
En justice, il interrompt la peine, annule l’exécution.
Il peut prendre des sens très différents mais tous vont dans une seule et même direction ; ils qualifient presque toujours une chose bonne et belle.

J’ai choisi le sens qui se rapporte à la féminité, à sa légèreté…

Avec la photographie du mannequin Linda Evangelista, Peter Lindbergh a réalisé pour la maison Dior et le magazine Vogue une image absolument incroyable où le mannequin semble voler avec grâce et légèreté. Nous sommes en 1992, Photoshop n’existe pas encore. L’image est donc sans trucage, c’est ce qui la rend encore plus incroyable, plus folle !

Toute la photo est pensée en fonction d’une mise en contexte (ou évidence) du mouvement ascensionnel du personnage. La préoccupation du photographe étant de trouver un maximum d’éléments qui contredisent mais qui corroborent en même temps la légèreté du mannequin, il a d’abord veillé à trouver un décor « photogénique » mais à l’atmosphère « lourde ».

Pari réussi !

D’une part, une avenue déserte, des bâtiments immédiats sombres aux fenêtres aveugles, des pavés, reflets sur le bitume, crevasses évoquent la pesanteur, la dureté, l’humidité, le froid et contrastent avec la légèreté du mannequin, son élégance, sa désinvolture, sa joie de s’élever, de se détacher du sol.

D’autre part la nudité des épaules et des bras déployés apportent une touche opposée faite de fragilité, de féminité, de douceur.

Pour relier les deux univers ; la traîne de la robe qui se développe à l’arrière en volutes sensuelles joue le rôle de lien entre le sol dur et « l’oiseau doux et léger » qui s’envole.

Pour finir enfin, le nuage de vapeur qui renforce et/ou soutient le côté aérien de l’action.

La scène, immergée dans la solitude et le silence de l’avenue semble nimbée de l’apparition mystérieuse d’une créature angélique.

Wim Wenders (célèbre réalisateur de film et photographe) a écrit à propos des réalisations de Peter Lindbergh que « celles-ci défient les lois de la gravité de ce monde ». On ne pourrait mieux dire.

Peter Lindbergh travaille peu en studio, il privilégie souvent les lieux extérieurs (ou intérieurs) qui ne sont pas spécialement dédiés à la photographie. Très attentif aux décors, il choisit avec soin, après de multiples repérages le lieu le plus approprié à la mise en perspective de son projet ; ce « petit nuage » dit-il, qui prend naissance dans son cerveau et qu’il va tenter de faire exister en image afin de le partager avec autrui.

Peter Lindbergh est né en 1944 en Pologne. Ce n’est qu’à l’âge de 27 qu’il découvre la photographie.

D’emblée, il crée une nouvelle forme de réalisme en redéfinissant les canons de la beauté grâce à des images intemporelles marquées par l’influence de photographes documentaires, de photographes ambulants et de photojournalistes comme Dorothea Lange, Henri Cartier-Bresson et Garry Winogrand. Son approche humaniste et son idéalisation de la femme le distinguent des autres photographes.

En effet, Peter Lindbergh s’intéresse avant tout à l’âme et à la personnalité de ses sujets. Convaincu que l’intérêt d’un sujet réside ailleurs que dans son âge, il bouscule les normes de la photographie de mode à une époque où l’on a l’habitude d’exagérément retoucher les images. C’est à Paris qu’il commence à travailler comme photographe publicitaire et de mode.
Ses images sont publiées dans les plus importants magazines.
Remarqué très vite grâce à son style très innovant, il commence alors des campagnes pour de grands stylistes.

Photographe de mode ?

Peter Lindbergh se défend en répondant qu’avant tout, c’est la femme qui l’intéresse, pas le vêtement.

Il travaille avec les modèles les plus célèbres mais il insiste pour qu’ils demeurent naturels, peu maquillés et habillés de façon simple pour pouvoir apporter devant l’objectif tout leur mystère personnel.

Connu dans le monde entier et reconnu en tant qu’artiste, Peter Lindbergh, même s’il demeure aussi un photographe de mode, a su imposer un style personnel qui fait qu’aujourd’hui son travail est passé des pages du magazine Vogue aux murs des plus grandes galeries d’art et musées du monde.

Reconnaissance méritée !

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